(News in Slow French) La valeur des émotions positives

Francesco, Jersey City, New Jersey, U.S.

La valeur des émotions positives

La science émergente de la psychologie positive commence à comprendre pourquoi il est « bon » de se sentir « bien ».

Vous êtes une grande figure de la psychologie positive. Comment est né ce champ d’étude et en quoi consiste-t-il ?

Permettez-moi de commencer par vous raconter une histoire.

Dans les années 1930, quelques jeunes religieuses catholiques furent invitées à écrire un essai personnel sur leur vie. Elles y évoquèrent les événements marquants de leur enfance, les écoles qu’elles avaient fréquentées, leurs expériences spirituelles et les influences qui les avaient poussées à entrer dans les ordres. Destinées à l’origine à évaluer le trajet de carrière de chacune d’elles, ces biographies finirent par être archivées, puis tombèrent dans l’oubli. Plus de 60 ans plus tard, les documents refirent surface lorsque trois psychologues de l’université du Kentucky décidèrent de mener une étude sur le vieillissement et la maladie d’Alzheimer. Deborah Danner, David Snowdon et Wallace Friesen les lurent et en évaluèrent le contenu émotionnel positif, consignant dans leurs analyses toutes les marques et autres manifestations de bonheur, d’intérêt, d’amour et d’espoir. Les résultats furent remarquables : les nonnes qui avaient exprimé le plus d’émotions positives ont vécu jusqu’à 10 ans plus longtemps que celles qui en ont exprimé le moins ! Un gain d’espérance de vie considérablement supérieur à celui des personnes qui arrêtent de fumer…

 

Cette étude n’est pas un cas isolé. Plusieurs autres scientifiques ont également démontré que les personnes qui se sentaient bien vivaient plus longtemps. Comment l’expliquer ? Des réponses nous viennent du champ ouvert par la psychologie positive, une branche des sciences psychologiques ayant émergé il y a environ quinze ans, à l’initiative de Martin E. P. Seligman, alors président de l’American Psychological Association (APA).

 

Au début de son mandat comme président de l’APA, Martin Seligman fit le bilan du domaine de la psychologie et de ses principales avancées cliniques. Bien que la psychologie ait démontré son efficacité dans le traitement de patients atteints de différentes maladies mentales, elle ne disposait virtuellement d’aucun moyen scientifiquement reconnu pour aider ces personnes à évoluer, à grandir et à s’épanouir. Seligman entendait corriger ce déséquilibre lorsqu’il proposa le concept de « psychologie positive » avec l’aide du psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, père de la notion de « flux » ou d’« expérience-flux optimale ». Seligman ouvrit alors la discipline aux scientifiques dont le travail pourrait être décrit comme s’intéressant à « ce qui fait que la vie vaut d’être vécue ».

 

Voilà comment tant de psychologues, dont moi-même, ont été attirés dans le champ de la psychologie positive. Je suis pour ma part spécialisée dans l’étude des émotions. Pendant plus de 10 ans, j’ai étudié les émotions positives (la joie, la satisfaction, la gratitude et l’amour) afin de mieux comprendre leur rôle et leur importance dans la perspective évolutionniste.

 

Pour exploiter tout le potentiel de la psychologie positive, il nous faut comprendre l’importance de « ce qui est bon ». Mais même si savoir que nous pouvons vivre plus longtemps en cultivant la pensée positive et en veillant à nous sentir bien dans notre peau est en soi une découverte extraordinaire, elle apporte au moins autant de questions que de réponses. Comment la pensée positive et les sentiments favorables nous aident-ils à vivre plus longtemps ? Et en dehors de la longévité, améliorent-ils aussi notre qualité de vie ? Pourquoi les émotions positives sont-elles inhérentes à la nature humaine ?

Barabra Fredrickson sera en conférence à Paris le 29 Mars suivi d’un atelier le 30 Mars. Informations : www.rencontres-perspectives.fr

source: https://www.positran.fr/sujet-3241-la_valeur_des_emotions_positiv.html